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17 novembre, 2011

Carrefour, la dernière chance

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Valse des dirigeants, résultats en chute libre, plongeon du cours de Bourse… Le n° 2 mondial de la distribution est en plein désarroi. Actionnaires et salariés comptent sur le plan de sauvetage en cours: un nouvel échec n’est plus permis. Enquête.  

Il a l’allure débonnaire et le parler franc. C’est un « vrai » épicier. A 53 ans, Noël Prioux, le nouveau patron de Carrefour France, à l’aise dans ses bureaux franciliens de Massy-Palaiseau, encombrés de maquettes grandeur nature du Capitaine Haddock et de Tintin, tout droit sorties du film de Spielberg, a pourtant une lourde tâche : sauver Carrefour. Son patron, Lars Olofsson, PDG du n° 2 mondial de la distribution, compte sur lui : trois ans après avoir quitté Nestlé pour redresser ce fleuron du secteur, celui qui avait promis de « réenchanter l’hyper » ne peut que constater le désastre. L’énorme paquebot, autrefois roi du CAC 40, s’enfonce dans la crise, avec un cours de Bourse en chute libre, un fort recul des ventes des hypers en France et une détérioration de son image. 

Cette glissade s’est accélérée ces derniers mois : le groupe a multiplié les avertissements sur résultats (cinq profit warnings en un an), renoncé à la cotation de sa société foncière, Carrefour Property, et perdu une bataille au Brésil. Sans compter la valse de ses dirigeants, les réorganisations multiples et les rumeurs concernant le remplacement de Lars Olofsson ou encore le rachat de l’activité Chine par le n° 1 mondial, l’américain Wal-Mart.  

« Aujourd’hui, Carrefour est une société immunodéprimée. N’importe quel petit problème prend des proportions inquiétantes », diagnostique un expert. Au désespoir des actionnaires, des investisseurs et des salariés. 

27 réorganisations lancées en deux ans

2011 une année mouvementée

9 avril: Les salariés organisent une journée de grève. Très suivie, elle est jugée historique par les syndicats. 

5 Mai: James McCann, directeur exécutif de carrefour France, est débarqué. 

5 mai: Le groupe reporte l’introduction en bourse de Carrefour property, sa société foncière propriétaire des murs des magasins. 

16 juin: Noël Prioux, un ancienla maison, est nommé à la tête de Carrefour France. 

Trop vite, trop fort. En voulant appliquer un traitement de choc à Carrefour, Lars Olofsson – pénalisé, il est vrai, par les aléas de la conjoncture – a fini par « déconcerter les 410 000 employés, du smicard au cadre dirigeant », estime Franck Gaulin, délégué central CGT. Parmi eux, les salariés des magasins ont particulièrement été touchés par le « changement en profondeur » voulu par le patron. A peine nommé, en juin 2010, par « Lars », comme on l’appelle au siège, James McCann s’est empressé d’imposer « ses méthodes brutales, à l’anglo-saxonne », regrette un autre syndicaliste. En un rien de temps, cet ancien de Tesco (n° 3 du secteur) a réintroduit le travail de nuit et réorganisé les tâches. Sans ménagement. Ainsi, tel responsable du bazar s’est retrouvé au rayon fromages, tandis qu’un pro de l’ultrafrais était muté au textile. De quoi mettre le personnel sous pression. « Mon équipe est sous antidépresseurs », déplore un cadre. 

Mais ce qui a le plus heurté le personnel, c’est l’hypercentralisation instaurée par McCann : elle leur a ôté toute initiative. « Nous n’étions plus aux manettes. Alors on a décroché », confie ce salarié. D’autant que ces nouvelles règles se sont parfois révélées contre-productives. « Le siège lançait des promotions alors que notre magasin n’était même pas livré », explique un chef de rayon. Plus préoccupant, dans le même temps, « Carrefour a réduit ses effectifs de 10 000 salariés, dont 8 740 pour les seuls hypers lors des 27 réorganisations lancées en deux ans », calcule Serge Corfa, délégué national CFDT. Un sentiment d’impuissance d’autant plus fort qu’aux problèmes sociaux s’ajoute une réelle inquiétude pour l’avenir du groupe. « C’est nous qui payons cash toutes ces errances », estime Michel Enguelz, délégué FO. D’où la mobilisation « historique » lors de la grève du 9 avril. 

Il n’y a pas que les salariés de base pour désespérer de Billancourt (siège de Carrefour). Les cadres sont tout aussi désorientés. Déresponsabilisés, ils ne savent plus à quel saint se vouer : à peine commençaient-ils à s’habituer aux nouvelles recrues que celles-ci étaient virées ! Cette instabilité touche les cadres de plein fouet. Au cours des derniers mois, certains d’entre eux ont été licenciés, comme ce Breton de 54 ans dont vingt-cinq années de maison. D’autres ont décidé de partir : les chasseurs de têtes ont reçu des centaines de CV et les concurrents (Auchan ou Casino), des offres de services. « Avant, quitter Carrefour était inimaginable », témoigne un chef de rayon qui vient de sauter le pas. 

Un petit actionnaire en grève de la faim devant le siège

Cette désorganisation a d’abord inquiété les petits actionnaires. Puis le torrent de mauvaises nouvelles de l’été dernier les a décidés à se faire entendre. Xavier Kemlin (110 actions) en a eu assez de voir Carrefour s’enfoncer. Le 20 septembre, ce quinquagénaire a entamé une grève de la faim devant le siège pour demander la tête de Lars Olofsson. « Nous sommes au bord de l’implosion. Et personne ne s’en soucie », martèle-t-il. Une indignation partagée par la famille de Denis Defforey, cofondateur de Carrefour. « Le conseil d’administration n’a pas joué son rôle », regrette Hervé Defforey, le fils aîné. 

Dans ce concert de protestations, les grands investisseurs ne sont pas en reste. Parmi eux, Eric Knight, patron du fonds activiste américain Knight Vinke (1,5 % du capital), s’est manifesté. Une première fois, en juin 2011, pour dénoncer la cotation de Carrefour Property et regretter la perte de crédibilité du management. Une deuxième fois, en octobre, en publiant dans Le Monde une lettre ouverte réclamant la nomination d’un président « indépendant » et la mise en place d’une direction bicéphale (France et International). Le syndicat FO (majoritaire) a rejeté cette seconde proposition.

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 Maîtres du destin de Carrefour, Bernard Arnault (Groupe Arnault) et Sébastien Bazin (Colony Capital), réunis dans Blue Capital (16 % des titres) ne sont pas dupes. Pourtant, après avoir mis Olofsson sous haute surveillance, les deux actionnaires de référence semblent aujourd’hui temporiser. On s’attendait à ce qu’ils débarquent le directeur général lors de l’assemblée générale, ils l’ont promu PDG. On leur reprochait de ne pas laisser de temps au distributeur pour redresser la situation, ils lui accordent un nouveau délai. En réalité, ces pragmatiques tentent de sauver ce qui peut l’être encore. Et, quitte à rester coincé dans ce qui se révèle être un investissement désastreux, autant se donner une ultime fois les moyens de remonter la pente. 

Le nouveau patron France doit remotiver les troupes

Noël Prioux le sait bien : Carrefour ne peut plus se permettre un autre échec. Alors le patron pour la France a retroussé ses manches, le plus souvent en défaisant ce que son prédécesseur avait mis en place. En trois mois, il a « redonné aux équipes une capacité à agir », soutient-il, et réglé le problème des ruptures de stocks. Et la direction, interpellée par le baromètre de satisfaction interne, révélant une motivation au plus bas, s’est mise à ménager ses troupes. Le travail de nuit ? Abandonné. Les revendications salariales ? Toutes accordées : le doublement de la prime de vacances, un intéressement à 200 euros comme la « prime dividende » de 150 euros et l’augmentation de la remise sur les achats. En parallèle, Noël Prioux s’est attelé à redresser les hypers français. Une fois de plus, Carrefour s’attaque aux prix, avec « une politique de baisse pérenne », promet le dirigeant. Le patron pour la France espère conquérir des clients, notamment avec les nouveaux Carrefour Planet, créés pour enrayer le déclin des grandes surfaces. 

Cet ultime plan de sauvetage réussira-t-il à redonner du souffle au groupe et à ses salariés ? « Carrefour est un bateau magnifique avec quelques trous à colmater, et sans doute le capitaine à changer. C’est tout », s’exclame un salarié qui veut y croire. « Dans la grande distribution, il n’est jamais trop tard », estime Hervé Defforey. Parole de connaisseur. 

 

( vu sur www.lexpress.fr )

Par tonton le 17 novembre, 2011 dans Chez nous, en France
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3 novembre, 2011

Carrefour Hyper mal

 

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Par tonton le 3 novembre, 2011 dans Au magasin
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