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26 octobre, 2010

La jeunesse a toutes les raisons de manifester

La société maltraite ses enfants: une éducation insuffisante, pas d’emploi, pas de logement, moins d’aide sociale, plus d’impôts et pour seul cadeau: la dette.

Depuis la rentrée de septembre, les jeunes générations ont rejoint le cortège des manifestations. Mardi 26 octobre marque une étape nouvelle dans la sociologie du conflit: les jeunes seront seuls en scène, à l’appel de l’Unef et de Sud-Etudiants. La majorité feint de s’étonner de leur présence dans la rue. Ils ont pourtant toutes les raisons du monde de manifester.

Les jeunes, victimes de la réforme des retraites

On en discute beaucoup: le recul de l’âge de départ à la retraite des seniors va-t-il aggraver le chômage des jeunes?

Le marché du travail en France est dégradé. Il s’est adapté à la crise en excluant du travail ses deux extrémités générationnelles, les jeunes et les seniors. Le taux d’emploi des jeunes (moins de 25 ans) est de 31%, celui des seniors (plus de 55 ans) de 38%, des taux parmi les plus bas d’Europe. En l’absence d’une politique volontariste d’amélioration du marché du travail, le recul de l’âge de départ à la retraite va accroître le chômage.

Le chômage des seniors, bien sûr. Les deux tiers des Français sont au chômage lorsqu’ils liquident leur retraite. C’est ce qui explique la grande différence dans le secteur privé entre l’âge de cessation d’activité, 58 ans, et l’âge de liquidation de la retraite, 61,6 ans. Statistiquement, pour ces Français, le maintien plus longtemps en activité signifie maintien au chômage: la réforme transforme de «jeunes retraités» en «vieux chômeurs».

Mais également le chômage des jeunes. Certes, il n’y a pas de lien direct: on ne remplace pas poste pour poste un tourneur fraiseur qui part à la retraite par un jeune diplômé sorti de l’université. Mais les liens existent. Des liens mécaniques dans certains secteurs, comme dans l’administration: avec la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, l’embauche d’un jeune est conditionnée par le départ de deux seniors. Ou dans le milieu médical: le numerus clausus impose que toute entrée soit gagée sur une sortie. Des liens plus diffus sinon: les contraintes de masse salariale en entreprise font que les embauches sont globalement conditionnées aux départs.

Qui va payer la réforme?

Ce débat a été particulièrement mal posé. Si la question est «l’amélioration de l’emploi des seniors entraîne-t-elle la dégradation de l’emploi des jeunes?», alors la réponse est non. Tous les économistes le disent: ils vont de pair. Dans un marché du travail dégradé, les deux souffrent. Dans un marché du travail sain, les deux s’intègrent bien. Mais la question est différente: la réforme des retraites va-t-elle aggraver le chômage des jeunes? La réponse est oui. Avec la réforme, le chômage des jeunes, comme celui des seniors, va augmenter.

On discute beaucoup de l’impact de la réforme sur le chômage des jeunes. Mais bizarrement, on discute beaucoup moins du vrai point central: qui va payer la réforme des retraites?

La gauche et les syndicats l’ont martelé, et ils ont raison: ce sont les salariés modestes. La réforme est marquée du sceau de l’injustice sociale.

Mais –on ne l’a pas entendu– elle est aussi injuste pour les jeunes générations. Elles vont payer trois fois.

Elles vont cotiser plus, avec le recul de l’âge légal. Un recul qui ne prendra sa pleine mesure qu’à partir de 2018, donc pour les moins de 50 ans d’aujourd’hui.

Elles vont percevoir des retraites plus faibles. Du fait de la montée en puissance des réformes Fillon et Balladur, qui s’étalent jusqu’en 2020. Mais aussi du fait de leurs difficultés croissantes à valider leurs trimestres de cotisations. La durée d’assurance validée à 30 ans n’a cessé de décroître par génération depuis la génération 1950. Pour cette dernière, la durée validée était de 40 trimestres en moyenne, alors que, pour la génération 1974, elle n’est plus que de 31 trimestres. Une partie est due à l’allongement des études, et c’est une bonne chose. Mais plus de la moitié (5 trimestres sur 9) est due aux difficultés d’insertion des jeunes en France.

Cerise sur le gâteau, les jeunes générations sont spoliées du bénéfice du Fonds de réserve des retraites qui leur étaient destinés. Le Fonds a été créé pour assurer un lissage intergénérationnel et soulager les générations d’actifs entre 2020 et 2040: il s’agit des jeunes d’aujourd’hui, des générations «creuses» qui devront financer les retraites des «papy boomers». Le Fonds devait être décaissé à partir de 2020, afin de limiter les hausses de cotisations sur ces générations. Le gouvernement a décidé de siphonner les 34 milliards d’euros pour assurer le bouclage financier à court terme: on prend ainsi aux actifs de demain pour donner aux retraités d’aujourd’hui…

Les jeunes, premières victimes des politiques publiques

Par son injustice contre les jeunes, la réforme des retraites est un ferment de tensions entre les générations. Il s’agirait d’un épiphénomène si cette injustice entre générations était un cas isolé. Elle est au contraire une nouvelle manifestation de notre préférence absolue pour le présent: la France a renoncé à investir dans l’avenir, elle sacrifie les générations futures au profit des générations actuelles. Toutes les politiques publiques en témoignent.

Première politique en cause: l’éducation. L’effort éducatif de la Nation diminue: 6,5% du PIB en 2010, contre 7,5% il y a dix ans –une baisse de près de 15%! Alors qu’on trouve 40 milliards d’euros pour financer les retraites, on en supprime 20 sur le budget éducatif. C’est un choix politique lourd: le choix du passé contre l’avenir.

Au cœur de ce désastre: l’enseignement supérieur. Nous y investissons peu: 1,5% de notre richesse nationale, deux fois moins qu’aux Etats-Unis, trois fois moins que dans les pays les plus avancés. Nous n’avons toujours pas démocratisé notre enseignement supérieur: à peine 35% d’une classe d’âge sort diplômée de l’enseignement supérieur en France. Notre malthusianisme élitiste («tout le monde ne peut pas faire polytechnique») est contredit par les pays les plus avancés: plus de 50% d’une génération est diplômée de l’université aux Etats-Unis, 80% dans les pays nordiques, en Corée du Sud, au Japon. Notre système éducatif, centré sur le lycée, continue à former les emplois d’hier, les contremaîtres de l’usine de l’après-guerre. Il ne forme pas les emplois de demain, ceux de l’économie de la connaissance: les ingénieurs, les cadres, les techniciens supérieurs. Mais aussi les emplois de service de demain: ce n’est pas la même chose de faire garder son enfant par une nounou sans qualification que de le faire éduquer par une puéricultrice avec trois ans de formation spécialisée.

Deuxième politique en cause, la politique de l’emploi: elle a pris les moins de 30 ans comme variable d’ajustement. Face à la crise, on a protégé ceux qui avaient un emploi, les insiders: la probabilité de perdre un CDI est de 1% par an en moyenne depuis 1980, 2% lors de la Grande Crise de 2008 (Cf. Eric Maurin, La peur du déclassement, La République des Idées, Seuil, 2010).

Résultat, on a sacrifié les flux d’entrants, les jeunes. C’est ce qui explique un taux de chômage des jeunes exceptionnellement élevé: 25%. Le chômage de masse est avant tout un chômage de jeunes.

Ceux qui ont un emploi n’ont pas un emploi stable. La précarisation est la norme avant 30 ans, à travers l’intérim, les CDD et les stages. 80% des entrées en emploi se font en CDD: les CDD sont utilisés par les entreprises à la fois comme «super-périodes d’essai» et surtout comme volant flexible de la masse salariale, pour pouvoir réduire la voilure en cas de difficultés. C’est pourquoi le chômage des jeunes a bondi avec la récession de 2008.

Les stages (1 million par an) ont été détournés de leur objectif. Ils doivent normalement permettre la découverte de l’entreprise. Ils sont aujourd’hui utilisés pour remplacer des postes de travail à part entière. Les stages constituent le premier emploi «au rabais» des jeunes. C’est vrai à tous les niveaux: même dans les grandes écoles, la scolarité était avant de trois ans et la quatrième année constituait l’année du premier emploi payé; aujourd’hui elle est de quatre ans dont une année de stage sous-payé. Le mouvement Génération Précaire a obtenu l’obligation d’une rémunération minimum des stages (un tiers du smic pour tout stage de deux mois ou plus), mais le déclassement demeure bien réel.

Enfin, les jeunes sont de plus en plus mal payés. Leur salaire relatif a plongé depuis trente ans. En moyenne, en 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15% de plus que les salariés de 30 ans; l’écart a aujourd’hui presque triplé, à plus de 40% (Chiffre cité par Louis Chauvel dans Les classes moyennes à la dérive).

Troisième témoignage: la politique du logement a évincé les jeunes. L’immobilier a été capté par les générations âgées. 76% des retraités sont propriétaires de leur logement. Le déficit d’offre pèse donc mécaniquement sur les nouveaux entrants. Par rapport à 1984, les jeunes d’aujourd’hui doivent travailler deux fois plus longtemps pour acheter ou louer la même surface dans le même quartier (même ouvrage de Chauvel).

Quatrième élément: la politique sociale est spectaculairement discriminatoire. Il suffit de comparer les minimas sociaux. Minimum vieillesse: 708 euros par mois. Minimum d’activité 25-60 ans («RSA-socle»): 460 euros, soit 40% de moins. Minimum d’activité pour les moins de 25 ans: zéro (Le «RSA jeune» n’est éligible que pour les jeunes actifs de moins de 25 ans ayant déjà travaillé). Difficile de faire mieux en termes d’injustice intergénérationnelle: plus on est jeune, moins on a de valeur pour la société. La France fait figure d’exception en Europe: les minimas sociaux y commencent le plus souvent à 18 ans voire 16 ans. Quant à l’assurance chômage, elle est réservée à ceux qui ont travaillé. Le jeune diplômé en recherche d’emploi n’en bénéficie donc pas.

Cinquième politique discriminatoire: la politique fiscale constitue une formidable essoreuse à pouvoir d’achat au détriment des jeunes. La politique fiscale est en effet plus discrète mais tout aussi inique. Le quotient conjugal est une niche fiscale évaluée à 24 milliards d’euros par an (selon le rapport de la Cour des comptes 2007). Le quotient conjugal (à ne pas confondre avec le quotient familial, qui accorde des parts supplémentaires par enfant à charge) est une exception française qui repose sur la déclaration par foyer fiscal: les Français déclarent leur impôt en couple, et non à titre individuel, contrairement aux autres pays de l’OCDE. Ils bénéficient alors d’une double part à l’impôt sur le revenu: le revenu soumis au barème de l’impôt n’est pas le revenu global mais le revenu par part, divisé par deux du fait du quotient conjugal. Un avantage fiscal d’autant plus important que, contrairement au quotient familial, le quotient conjugal n’est pas plafonné. Il agit comme une énorme machine à redistribuer des célibataires vers les couples, c’est-à-dire, pour beaucoup, des jeunes actifs vers les adultes installés.

A l’inverse, la fiscalité favorise les retraités. CSG à taux réduit (6,6% contre 7,5% pour le taux normal appliqué aux actifs), abattement de 10% pour frais professionnels à l’impôt sur le revenu accordé aux retraités, majorations de pension non soumises à l’impôt sur le revenu…: au total, les avantages fiscaux liés à la retraite s’élèvent à 11 milliards d’euros –dont 5 au profit des retraités aisés.

Dernier élément: la dette publique est une véritable machine à exproprier les jeunes générations. La dette publique est très élevée: 84% de la richesse nationale –1.700 milliards d’euros fin 2010, soit 27.000 euros par habitant.

A quoi sert-elle? 97% du budget de l’Etat est du budget de fonctionnement. La Sécurité sociale est un budget de prestations. Autrement dit, la dette ne sert pas à préparer l’avenir mais à soutenir artificiellement le train de vie des générations actuelles.

Qui paie? On a souvent dit que les générations futures paieraient. Ce n’est plus exact: le surendettement guette, on ne peut plus continuer cette cavalerie, il va falloir rembourser la dette. Ce sont donc les jeunes générations actuelles qui vont régler la facture. Nous vivons au-dessus de nos moyens, et ce sont nos enfants qui vont payer.

La nouvelle figure de la pauvreté en France

Ainsi donc, les jeunes générations ont bien raison de manifester. Contre la réforme des retraites mais, surtout, bien au-delà: elles expriment leur mal-être général. Elles ont le sentiment de se heurter à une société bloquée qui les rejette. Elles vivent un «petit Mai 68»: en 1968, le blocage était sociétal, leurs modes de vie ne trouvaient pas leur place dans l’ordre moral ancien; aujourd’hui, le blocage est économique, les jeunes ne trouvent pas leur place sur le marché du travail et n’obtiennent pas leur part équitable de la valeur ajoutée.

Les jeunes ont raison. Depuis trente ans, face à la crise, ils sont la variable d’ajustement d’une société d’insiders qui protège ses acquis au détriment des nouveaux entrants. C’est vrai dans toutes les grandes politiques publiques: éducation, emploi, logement, politique sociale, politique fiscale, dette –les injustices se concentrent de manière générationnelle.

Résultat: le jeune est la nouvelle figure de la pauvreté dans notre société contemporaine. Nous vivons dans la représentation collective que les pauvres dans notre société, ce sont les retraités. C’était vrai il y a quarante ans. Avec la montée en puissance de notre système de retraite, cela n’est fort heureusement plus le cas. Mais une autre figure s’y est substituée: les pauvres, ce sont désormais les jeunes actifs. Le taux de pauvreté est de 18% pour les jeunes de moins de 30 ans, 20% chez les jeunes filles (contre 8% chez les plus de 60 ans). Un jeune actif sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté!

La montée de l’entraide

Notre société est consciente du sort qu’elle inflige à ses enfants. Elle s’en émeut. Les familles soutiennent leurs enfants en difficulté. Les transferts familiaux sont massifs: près de 80 milliards par an sont redistribués au sein des familles des grands-parents pour aider les enfants et petits-enfants. Certains feignent d’y voir là le signe positif de la qualité des solidarités familiales; ils marquent surtout la déshérence de l’investissement collectif.

Tout refaire

Il faut une révolution copernicienne des politiques publiques. Avec comme priorité une politique d’investissement social dans les générations futures: petite enfance, éducation, université, politique active de premier emploi, fiscalité et politique sociale pro-jeunes… Investir dans notre capital humain est un impératif humaniste plus encore qu’économique.

Le gouvernement et le peuple conservateur considèrent que les jeunes n’ont pas leur place dans la rue. Que les partis d’opposition sont irresponsables de les inciter à manifester. Mais c’est nous tous, le monde des adultes, qui sommes irresponsables de ne pas les écouter. Car une société qui, tel Cronos, dévore ses enfants est une société qui se meurt.

Olivier Ferrand

(slate.fr)

Par tonton le 26 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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25 octobre, 2010

Dénonciation des accords ?

Alors que les salariés dans la rue clament leur refus d’une réforme des retraites injuste.
Alors que les sénateurs, avec l’autorisation du gouvernement, votent un amendement prévoyant un débat national sur une réforme «systémique» (retraite par points) des régimes de retraite. Rejoignant ainsi les positions de la CFDT annoncées bien avant les votes des assemblées.
On se demande pourquoi ne pas l’avoir fait avant, on aurait évité quelques manifestations !
Voici maintenant que les patrons de la grande distribution boycottent la première réunion de négociation des salaires 2010.

La raison, du moins officielle ?
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2011 envisage de changer les règles de calculs des exonérations de charges patronales, coût 400 millions.
Alors qu’on nous annonce 2000 milliards de déficits pour justifier la réforme des retraites, alors que nos actionnaires se versent des dividendes toujours en hausses, que nos dirigeants se versent des rémunérations scandaleuses, nos chefs d’entreprise ne veulent pas qu’on touche à leurs acquis.
Mais quelles justifications à ces exonérations de charge ? Nos patrons ne font-ils pas de gros, très gros bénéfices.

Alors une nouvelle fois qui doit payer… Pour les patrons c’est clair se doit être les salariés…
On murmure dans les couloirs que Carrefour serait favorable à une dénonciation des accords de branche (et ensuite des accords d’entreprise ?) comme ils l’ont déjà fait en Espagne ou en Belgique.
Messieurs, avec ces méthodes, on n’a pas fini d’organiser des manifs c’est nous qui vous le disons !
À suivre…

Par tonton le 25 octobre, 2010 dans Au magasin
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19 octobre, 2010

19 octobre 2010 à Chambéry, encore dans la rue…

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Par tonton le 19 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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12 octobre, 2010

12 octobre 2010 à Chambéry l’après midi

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Par tonton le 12 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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12 octobre 2010 au matin, rond-point de leclerc Chambéry

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Par tonton le 12 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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8 octobre, 2010

Manifeste d’économistes atterrés

 

Liens : économistes atterrés

 

CRISE ET DETTE EN EUROPE : 10 FAUSSES EVIDENCES, 22 MESURES EN DEBAT POUR SORTIR DE L’IMPASSE

Introduction

La reprise économique mondiale, permise par une injection colossale de dépenses publiques dans le circuit économique (des États-Unis à la Chine), est fragile mais réelle. Un seul continent reste en retrait, l’Europe. Retrouver le chemin de la croissance n’est plus sa priorité politique. Elle s’est engagée dans une autre voie : celle de la lutte contre les déficits publics.

Dans l’Union Européenne, ces déficits sont certes élevés – 7% en moyenne en 2010 – mais bien moins que les 11% affichés par les États-Unis . Alors que des États nord-américains au poids économique plus important que la Grèce, la Californie par exemple, sont en quasi-faillite, les marchés financiers ont décidé de spéculer sur les dettes souveraines de pays européens, tout particulièrement ceux du Sud. L’Europe est de fait prise dans son propre piège institutionnel : les États doivent emprunter auprès d’institutions financières privées qui obtiennent, elles, des liquidités à bas prix de la Banque Centrale Européenne. Les marchés ont donc la clé du financement des États. Dans ce cadre, l’absence de solidarité européenne suscite la spéculation, d’autant que les agences de notation jouent à accentuer la défiance.

Il a fallu la dégradation, le 15 juin, de la note de la Grèce par l’agence Moody’s, pour que les dirigeants européens retrouvent le terme d’ « irrationalité » qu’ils avaient tant employé au début de la crise des subprimes. De même, on découvre maintenant que l’Espagne est bien plus menacée par la fragilité de son modèle de croissance et de son système bancaire que par son endettement public.

Pour « rassurer les marchés », un Fonds de stabilisation de l’euro a été improvisé, et des plans drastiques et bien souvent aveugles de réduction des dépenses publiques ont été lancés à travers l’Europe. Les fonctionnaires sont les premiers touchés, y compris en France, où la hausse des cotisations retraites sera une baisse déguisée de leur salaire. Le nombre de fonctionnaires diminue partout, menaçant les services publics. Les prestations sociales, des Pays-Bas au Portugal en passant par la France avec l’actuelle réforme des retraites, sont en voie d’être gravement amputées. Le chômage et la précarité de l’emploi se développeront nécessairement dans les années à venir. Ces mesures sont irresponsables d’un point de vue politique et social, et même au strict plan économique.

Cette politique, qui a très provisoirement calmé la spéculation, a déjà des conséquences sociales très négatives dans de nombreux pays européens, tout particulièrement sur la jeunesse, le monde du travail et les plus fragiles. A terme elle attisera les tensions en Europe et menacera de ce fait la construction européenne elle-même, qui est bien plus qu’un projet économique. L’économie y est censée être au service de la construction d’un continent démocratique, pacifié et uni. Au lieu de cela, une forme de dictature des marchés s’impose partout, et particulièrement aujourd’hui au Portugal, en Espagne et en Grèce, trois pays qui étaient encore des dictatures au début des années 1970, il y a à peine quarante ans.

Qu’on l’interprète comme le désir de « rassurer les marchés » de la part de gouvernants effrayés, ou bien comme un prétexte pour imposer des choix dictés par l’idéologie, la soumission à cette dictature n’est pas acceptable, tant elle a fait la preuve de son inefficacité économique et de son potentiel destructif au plan politique et social. Un véritable débat démocratique sur les choix de politique économique doit donc être ouvert en France et en Europe. La plupart des économistes qui interviennent dans le débat public le font pour justifier ou rationaliser la soumission des politiques aux exigences des marchés financiers.

Certes, les pouvoirs publics ont dû partout improviser des plans de relance keynésiens et même parfois nationaliser temporairement des banques. Mais ils veulent refermer au plus vite cette parenthèse. Le logiciel néolibéral est toujours le seul reconnu comme légitime, malgré ses échecs patents. Fondé sur l’hypothèse d’efficience des marchés financiers, il prône de réduire les dépenses publiques, de privatiser les services publics, de flexibiliser le marché du travail, de libéraliser le commerce, les services financiers et les marchés de capitaux, d’accroître la concurrence en tous temps et en tous lieux…

En tant qu’économistes, nous sommes atterrés de voir que ces politiques sont toujours à l’ordre du jour et que leurs fondements théoriques ne sont pas remis en cause. Les arguments avancés depuis trente ans pour orienter les choix des politiques économiques européennes sont pourtant mis en défaut par les faits. La crise a mis à nu le caractère dogmatique et infondé de la plupart des prétendues évidences répétées à satiété par les décideurs et leurs conseillers. Qu’il s’agisse de l’efficience et de la rationalité des marchés financiers, de la nécessité de couper dans les dépenses pour réduire la dette publique, ou de renforcer le « pacte de stabilité », il faut interroger ces fausses évidences et montrer la pluralité des choix possibles en matière de politique économique. D’autres choix sont possibles et souhaitables, à condition d’abord de desserrer l’étau imposé par l’industrie financière aux politiques publiques.

Nous faisons ci-dessous une présentation critique de dix postulats qui continuent à inspirer chaque jour les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgré les cinglants démentis apportés par la crise financière et ses suites. Il s’agit de fausses évidences qui inspirent des mesures injustes et inefficaces, face auxquelles nous mettons en débat vingt-deux contre-propositions. Chacune d’entre elles ne fait pas nécessairement l’unanimité entre les signataires de ce texte, mais elles devront être prises au sérieux si l’on veut sortir l’Europe de l’impasse.

 

Par tonton le 8 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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2 octobre, 2010

Manifestation du 2 octobre 2010

A Chambéry, on y était encore…

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Par tonton le 2 octobre, 2010 dans Chez nous, en France
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